[Nous sommes toujours dans notre série d'articles sur l'Histoire du Hezbollah et aux premiers articles (Partie 1A, 1B et 2A), voici la fin de la deuxième partie avec le récit de la création du Hezbollah. Le Dr. Ragheb As-Sarjâny y évoque également le développement du Hezbollah, l'arrivée à sa tête de Hassan Nasrallah et même ses principaux agissements jusqu'à la guerre de Juillet 2006 entre le Hezbollah et l'entité sioniste. Bonne Lecture !]
La création du Hezbollah et le contrôle du Sud
La guerre civile libanaise faisait toujours rage et la puissance du Mouvement Islamique AMAL chiite augmentait de plus en plus, jusqu’à ce qu’Abbas Al-Moussawi annonce, en février 1985, la création du Hezbollah en remplacement du Mouvement Islamique AMAL. Trois mois plus tard, en Mai 1985, le mouvement AMAL nationaliste, dirigé par Nabih Berri, commit un massacre contre les palestiniens dont les victimes se comptèrent en centaines, afin de se débarrasser des palestiniens qui étaient restés dans le sud Liban. Le mouvement AMAL rivalisait avec le Hezbollah pour avoir le leadership dans les régions qui rassemblaient les chiites, dans le sud Liban et la vallée du Biqâ’. Partant de là, la lutte commença entre eux et se finit par une violente bataille, en 1988, au cours de laquelle le Hezbollah écrasa le mouvement AMAL. A la suite de cette bataille, plus de 90% des membres du mouvement AMAL rejoignirent le Hezbollah dirigé par l’Iran en vertu du système de Wilâya Al-Faqîh, et soutenu par la Syrie. C’est ainsi que le mouvement AMAL sortit de l’arène militaire et devint un mouvement politique seulement.
Malgré que le Hezbollah demeurait seul dans l’arène, il vit que son centre principal de pouvoir – le sud Liban – était toujours occupé par les juifs, ce qui le poussa à se tourner vers le contrôle de quelques zones à Beyrouth pour en faire un centre de manœuvre. Le Hezbollah ne se dirigea pas vers Beyrouth Est où étaient regroupés les chrétiens, mais il se dirigea plutôt vers l’ouest et le sud de Beyrouth en particulier. Il commença donc à occuper ces lieux par la force des armes et construisit ses infrastructures dans les endroits publics parfois, et sur les terres sunnites d’autres fois. Le gouvernement libanais ne bougea pas un doigt jusqu’à ce que la banlieue sud de Beyrouth devienne exclusivement chiite et qu’elle soit totalement sous la domination du Hezbollah.
En 1989, Al-Khomeiny mourut et Ali Al-Khamenei lui succéda à son poste de Guide suprême de la révolution, mais cela ne changea en rien la situation du Hezbollah qui, jusqu’aujourd’hui, continue de suivre le nouveau Faqîh (savant juriste), Ali Al-Khamenei. La même année, les parties libanaises en conflit se réunirent sous la médiation de l’Arabie Saoudite, à Taïf, pour établir les Accords de Taïf qui mirent fin à la guerre civile libanaise. La même année également, la plus grande figure sunnite du Liban fut assassinée, le Sheikh Hassan Khaled, mufti du Liban depuis 1966, faisant ainsi perdre aux musulmans sunnites leur leadership, tandis que le Hezbollah apparaissait comme le symbole de l’Islam sur la terre du Liban.
La lutte contre les juifs et le reniement des sunnites
Le Hezbollah commença les préparatifs pour la guerre contre les juifs afin de libérer les terres dont il disposait avant et sur lesquelles il souhaite établir l’Etat chiite. Des fonds important lui vinrent en provenance d’Iran à cette fin, en addition à l’aide de la Syrie ; et ceci inquiéta les juifs qui assassinèrent Abbas Al-Moussawi, le chef du Hezbollah, en 1992, remettant ainsi la direction du parti à Hassan Nasrallah. La même année, une nouvelle figure sunnite fit son apparition et commença à rassembler autour de lui les sunnites. Il s’agit de Rafiq Al-Hariri qui fut premier ministre du Liban de 1992 à 1996. Il commença la reconstruction du Liban et fut entouré de beaucoup de gens de la population.
En 1996, les sionistes commirent une nouvelle agression brutale contre le Liban au cours de l’opération « Raisins de la colère ». Alors, l’ardeur se mit en mouvement dans le cœur des libanais pour en finir avec l’occupation sioniste. Le Hezbollah annonça la formation des escadrons libanais pour la résistance contre l’ennemi sioniste et des groupes divers du peuple libanais s’y engagèrent. La plus grande partie des membres de ces escadrons étaient sunnites puisqu’ils représentaient 38% des membres, tandis que les chiites représentaient 25%, auxquels s’ajoutaient les druzes avec 20% et, pour finir, les chrétiens avec 17%. Les attaques menées par ces escadrons ont conduit au retrait de l’armée sioniste de la plupart des régions du sud Liban en 2000, à l’exception des fermes de Chebaa. Le Hezbollah occupa ensuite tous ces endroits, refusa que l’armée libanaise y déploie ses forces, renia les efforts communs qui avaient contribué à la libération du Liban et commença même à empiéter sur les propriétés sunnites dans le sud et à Jabal Lubnan. Il alla jusqu’à empiéter sur certaines mosquées sunnites telles que la mosquée An-Nabî Yoûnous et ses dotations dans la région d’Al-Jiyya.
Rafiq Al-Hariri et la vague chiite
La même année que celle du retrait des juifs, Rafiq Al-Hariri occupa une nouvelle fois le poste de Premier Ministre du Liban et se retrouva, lui et sa famille, sur le haut de l’affiche. Il devint alors un symbole sunnite célèbre qui représentait un réel rival pour la vague chiite au Liban. La force du Hezbollah augmenta de plus en plus au point qu’il voulut saisir l’occasion pour établir son Etat chiite avec le soutien de l’Iran et de la Syrie, mais l’étoile de Rafiq Hariri émergea et vint équilibrer les choses parmi la population libanaise.
En 2004, Rafiq Al-Hariri démissionna de son poste de Premier Ministre en raison de différends avec les syriens dont la présence militaire au Liban était très importante. Et puis, la surprise retentissante eut lieu le 14 février 2005 lorsque Rafiq Al-Hariri fut assassiné dans son convoi à Beyrouth. Et cela, avec la présence d’un grand nombre de services secrets internationaux sur la scène libanaise, tels que les services secrets américains, français, syriens, iraniens, libanais. Les sunnites du Liban venaient de perdre un homme qu’ils voyaient comme un de leurs symboles.
Le Liban fut secoué suite à l’assassinat de Rafiq Al-Hariri et des doigts accusateurs, venant de plusieurs pays, se levèrent en direction de la Syrie. Cela conduisit la communauté internationale à réclamer le retrait de l’armée syrienne du Liban. Le Hezbollah vint alors, à grands pas, le 8 mars 2005 pour appuyer la présence syrienne au Liban et empêcher son retrait. Le mouvement du Futur – qui est le mouvement de la famille Al-Hariri dirigé par Saad Al-Hariri, appuyé par le bloc du Rassemblement Démocratique dirigé par le druze Walid Joumblatt, ainsi que le parti maronite des Forces Libanaises dirigé par Samir Geagea – lui répondit par une grande manifestation, le 14 mars 2005, exigeant le départ de la Syrie du Liban. C’est pourquoi ce rassemblement fut appelé l’Alliance du 14 Mars et, effectivement, la Syrie quitta le Liban ce même mois.
L’impasse du Hezbollah et la guerre de 2006
Après le départ de la Syrie, le Hezbollah se retrouva face à une impasse au Liban, et surtout avec la montée en force du mouvement pluricommunautaire qui a fait suite à l’assassinat d’Al-Hariri. Par conséquent, le Hezbollah décida de participer au travail politique avec les autres forces et s’engagea dans les élections parlementaires de Mai 2005, allié à trois autres parties : le Mouvement du Futur (sunnite), le mouvement de Walid Joumblatt le druze – et ce en dépit de son hostilité envers ces deux groupes – et également le Mouvement AMAL politique. Ils formaient l’Alliance quadripartite. Ces forces réunies obtinrent 72 sièges parlementaires sur 128 et constituèrent donc la majorité formant le gouvernement libanais avec à sa présidence Fouad Siniora.
Contraint par les circonstances, le Hezbollah s’associa aux sunnites, malgré ses divergences avec eux, afin de paraître comme un groupe participant à la vie nationale. Toutefois, en dépit de cela, Hassan Nasrallah ne participait ni à leurs réunions, ni à leurs conférences générales mais préférait envoyer un représentant. De plus, il traitait avec les autres parties de manière arrogante comme s’il souhaitait indiquer sa future domination sur l’ensemble. La plus grande preuve de cette vision est peut-être l’audace dont fit preuve le Hezbollah le 12 juillet 2006 en menant – sans se référer, ni de près ni de loin, à l’Etat dans lequel il participe à la gouvernance – une opération militaire, contre les sionistes, qui fit deux prisonniers et huit morts parmi les soldats. Il n’a également pas pris la peine de consulter ses alliés grâce auxquels il a pu être élu au parlement alors que cette opération militaire fut la cause de l’engagement – non pas du Hezbollah seulement, mais de tout le pays – dans une guerre contre l’entité sioniste.
La guerre eut lieu en juillet 2006 et les bombardements sionistes sur le Liban s’enchaînèrent pendant 33 jours entiers. L’objectif des sionistes étaient de détruire les infrastructures du Hezbollah et du Liban, ce à quoi le Hezbollah répondit en lançant des roquettes. Il y eut un grand nombre de victimes sur le sol libanais tandis que les juifs échouèrent à faire cesser les roquettes du Hezbollah. Cela fut considéré comme une grande victoire du Hezbollah puisque les juifs mirent fin aux bombardements sans avoir pu détruire la puissance de tir du Hezbollah, ni reprendre les deux soldats enlevés. Cette guerre dévastatrice prit fin et laissa la société libanaise face à une malheureuse situation de destruction qui toucha toutes les parties du pays, et face à l’énorme augmentation de l’influence chiite, représentée par le Hezbollah qui possède toujours ses armes développées iraniennes et le soutien fort de la Syrie. Ainsi, tout le monde sentait que le pays allait se diriger vers une domination exclusivement chiite, d’autant plus avec la situation de sympathie islamique générale à l’égard du Hezbollah pour sa guerre contre les juifs.
Qu’est il arrivé au Liban après cela ? Quelles étapes du projet chiite ont été entreprises ? Comment Hassan Nasrallah a-t-il exprimé sa vision de l’avenir du Liban ? Pourquoi le Hezbollah a-t-il perdu les dernières élections législatives de juin 2009 en dépit de son pouvoir grandissant ? Quel est le devoir des masses de la communauté islamique concernant cette situation ?
Ces questions nécessitent l’apport d’explications et de détails, et ce sera, avec la permission d’Allah, le sujet de notre prochain article. Et nous demandons à Allah de donner la puissance à l’Islam et aux musulmans.
Traduction et Adaptation réalisées par le Blog Al-Balâgh Al-Moubîne : http://balaghmoubine.wordpress.com/
[Fin de la deuxième partie. A venir très prochainement, avec la permission d'Allah, la troisième et dernière partie de cette série d'articles.]









je suis tres satisfait de cet article tres detailles et tres clair