[Après avoir lu les deux premiers articles de cette série écrite par le Dr. Ragheb As-Sarjâny : Partie 1A et Partie 1B, nous avançons encore un peu plus dans l'histoire du Hezbollah avec ce nouvel article. Nous y découvrirons, pour la première fois, l'apparition de Hassan Nasrallah, le destin du mouvement AMAL, et beaucoup d'autres informations nécessaires à l'obtention d'une vision pertinente sur ce que représente réellement le Hezbollah. De la même manière, et tout aussi important, nous y apprendrons certains aspects du dogme chiite qui ne manqueront pas d'offusquer les adeptes du dogme sunnite pur. Bonne Lecture !]
Beaucoup de musulmans laissent à leurs émotions l’occasion de juger les évènements, d’évaluer les hommes, les organisations et les états, sans prendre la peine de regarder au-delà des choses, de lire entre les lignes et de creuser les racines et les origines. Cela les plonge alors dans une grande confusion et une erreur d’appréciation des conséquences. Pour ainsi dire, ils ne se réveillent que lors d’une catastrophe ou d’un malheur et même à ce moment, il se peut qu’ils n’éprouvent pas de remord.
Nous avons exposé dans l’article précédent (« L’Histoire du Hezbollah – Partie 1A et 1B ») les racines profondes qui ont ouvert la voie au Hezbollah chiite au Liban, et nous complétons dans cet article ce que nous avions commencé auparavant. Je sais, pour ma part, que marche ici sur une route parsemée d’épines et que, dans ma tentative d’éclairer la vision des musulmans, je ferai face à une opposition écrasante de rejet et de critique de la part de musulmans favorables à quelconque modèle de réussite dans cette période délicate de l’histoire de la Oumma. Ne serait-ce que venant d’un chiite pervers ou d’un de ceux dont le cœur penche vers le chiisme et qui ont cru que la critique des compagnons, la diffamation à leur encontre, et l’opposition à leurs avis et positions constituaient une des formes de la liberté d’opinion. De la même manière, je sais que je ferai face à une farouche résistance des chiites eux-mêmes, qui encouragent les plumes des sunnites appelant à la fermeture de ce dossier, à ne pas en parler et à diriger notre attention sur l’entité sioniste et l’Amérique uniquement. Ceci, tandis que les chiites avancent d’un pas ferme sur leur programme et après quoi, les musulmans se réveilleront aux côtés d’un grand état, aussi grand que l’ancien état Bouwayhide, si ce n’est plus !
Les divisions d’AMAL après la disparition de Moussa Al-Sadr
Après sa venue de la ville iranienne de Qom, en passant par la ville irakienne de Nadjaf, jusqu’au Liban, Moussa Al-Sadr œuvra au rassemblement des chiites sous une entité complète qui servira à la formation du futur état. Il apporta un soin particulier à la forme religieuse doctrinale de cette entité et fonda, en 1969, le Conseil Supérieur Chiite. De même qu’il s’intéressa à l’aspect militaire en fondant le mouvement nommé AMAL, acronyme de « Afwâj Al-Mouqâwama Al-Loubnâniya » (Les brigades de la résistance libanaise). Il établit également de solides relations avec les chrétiens maronites, les Etats-Unis, la Syrie et, bien évidemment, ceux qui l’ont envoyé au Liban avec à leur tête Al-Khomeiny qui vivait en Irak à cette époque.
Avec la montée en puissance d’Al-Sadr, des conflits d’intérêts surgirent et des désaccords eurent lieux entre lui et les chefs de la révolution iranienne (avant qu’elle n’ait lieu), ainsi qu’avec l’un de ses plus grands alliés, le président alaouite syrien Hafiz Al-Assad. L’histoire se termina brusquement le 25 août 1978 avec la disparition de Moussa Al-Sadr lors de sa visite officielle en Lybie.
Moussa Al-Sadr laissa un grand vide derrière lui tandis que les chiites essayèrent de se réorganiser, et c’est ainsi que ‘Abd Al-Amîr Qabalân, qui était l’adjoint d’Al-Sadr, fut propulsé à la tête du Conseil Supérieur Chiite. Il travailla au poste de vice-président tandis que celui de président du Conseil reste vacant jusqu’à ce jour ! Quant à l’autorité spirituelle au Liban, elle revint à un de ses cheikhs du nom d’Hussein Fadlallah. Dans le même temps, la situation s’aggrava dans l’aile militaire chiite connue sous le nom d’AMAL, puisque ses membres se divisèrent en deux groupes.
Pour ce qui est du premier groupe, il s’agit du groupe chiite laïc qui désire diriger sans se référer aux règles doctrinales duodécimaines, ni se lier à des autorités religieuses en dehors du Liban et adopte une ligne directrice nationaliste. A la tête de ce groupe, le bien connu leader libanais, Nabih Berri. Quant au deuxième groupe, c’est le groupe qui souhaite continuer la marche sur les traces de Moussa Al-Sadr en établissement un état chiite doctrinal qui applique, par la force des armes, les croyances chiites et ses déviances. Un état qui désire étendre sa domination aussi loin qu’il le peut et collabore avec les chefs de la révolution qui planifient un coup d’état en Iran. Cependant, ce groupe était dans la nécessité d’un chef pour le diriger.
Al-Moussawi, Nasrallah et le projet iranien
A ce moment critique, deux hommes chiites revinrent de la ville irakienne de Nadjaf où ils étudiaient le dogme chiite et qui auront le plus grand impact dans la préservation du plan chiite doctrinal de Moussa Al-Sadr. Ces deux hommes étaient Abbas Al-Moussawi et Hassan Nasrallah. Très rapidement, les deux hommes s’engagèrent dans le mouvement AMAL et y occupèrent des postes de direction, malgré le fait qu’à cette époque, Hassan Nasrallah n’avait que 18 ans !
En 1979 eut lieu la révolution iranienne, le Shah fut renversé et Al-Khomeiny retourna de Paris (où il s’était installé après avoir quitté l’Irak en 1978) à Téhéran où prit le commandement. Il commença à réorganiser la situation là-bas, il se débarrassa de ses rivaux, repoussa ceux des autres courants iraniens qui l’avaient aidé et s’imposa totalement. Et contre toute attente, il ne dirigea pas vers Qom, la ville sainte des chiites, mais il resta à Téhéran, la capitale. Après que les choses se soient stabilisées en Iran, Al-Khomeiny regarda en direction du Liban et de l’Irak qui étaient les deux autres endroits qui comportaient un grand nombre de chiites et, dans le même temps, représentaient le reste du projet chiite pour l’établissement du grand Etat dans la région.
Quant à la situation en Irak, elle était volcanique. Saddam Hussein dirigeait les choses, là-bas, d’une main de fer dont Al-Khomeiny, lui-même, fit l’expérience puisqu’après avoir vécu quatorze années en Irak, il fut forcé de s’exiler à Paris. Par conséquent, Al-Khomeiny savait que l’organisation des chiites en Irak ne permettait pas de renverser le régime de Saddam Hussein et il opta donc pour une solution militaire. Il lança alors, immédiatement, une guerre à grande échelle en 1980 – soit moins d’un an après la révolution iranienne – contre le régime irakien afin de renverser le régime, soumettre le pouvoir aux chiites irakiens et intégrer l’Irak au Grand Etat Chiite dont Al-Khomeiny rêvait.
Pour ce qui est du lointain Liban, aux nombreuses communautés religieuses, il fallait encore une préparation qui nécessitait des hommes entièrement fidèles à Al-Khomeiny et son régime. Ainsi, Al-Khomeiny prit contact avec les deux hommes qui portait l’idéologie duodécimaine et croyait au principe de Wilâya Al-Faqîh[1] par lequel Al-Khomeiny arriva au pouvoir. Ces deux hommes étaient Abbas Al-Moussawi et Hassan Nasrallah. A partir de là, le soutien iranien à ces deux hommes commença, mais la direction du mouvement AMAL était toujours aux mains de Nabih Berri, adepte du courant laïc.
En 1981, le quatrième congrès du mouvement AMAL, prit la décision de mettre un terme aux conflits internes dans lesquels chaque groupe aspire au contrôle du sud chiite. Le congrès se termina par la décision de laisser Nabih Berri à la direction d’AMAL, tandis qu’Abbas Al-Moussawi devint son adjoint ; et ceci fut une étape importante pour le contrôle des choses dans le sud Liban.
L’Invasion Sioniste et la Position Chiite
Mais en 1982, le 6 juin de cette année précisément, un évènement vint changer les aménagements de chaque groupe puisque tout le monde fut surpris par l’invasion sioniste de l’ensemble du sud Liban. Ils parvinrent même jusqu’à Beyrouth qu’ils assiégèrent afin d’expulser Yasser Arafat, les dirigeants du Fatah et les milices armées palestiniennes en dehors du sud Liban. L’accord était clair entre l’armée sioniste et les chrétiens maronites afin de faire sortir les palestiniens qui étaient devenus une force de pression dans la société libanaise. Il y eut beaucoup de massacres de palestiniens dont le plus important fut celui de Sabra et Chatila où 3000 palestiniens furent tués. Les sionistes réussirent, avec la participation des chrétiens maronites, à faire sortir la plupart des palestiniens du sud Liban et de Beyrouth.
Cette position était bien du goût des chiites puisqu’ils réclamaient depuis longtemps la sortie des palestiniens du Sud en préambule de l’établissement de leur Etat. Cependant, l’entité sioniste n’est pas repartie après avoir expulsé les palestiniens mais au contraire, elle resta au Liban en occupant tout le sud. Cet évènement brisa les espoirs des chiites pour l’établissement de leur état et d’autant plus qu’ils étaient divisés entre laïques et religieux. Alors, les religieux décidèrent de quitter le mouvement AMAL et de prendre contact avec les dirigeant iraniens afin d’obtenir leur soutien. Effectivement, ils formèrent un comité de neuf personnes qui voyagèrent à Téhéran, rencontrèrent Al-Khomeiny et lui déclarèrent leur foi au principe de Wilâya Al-Faqîh. Partant de là, Al-Khomeiny étant ce Faqîh (savant juriste) en question, c’est donc lui qui s’occuperait des affaires des chiites au Liban. Al-Khomeiny approuva ce groupe qui retourna au Liban afin de se séparer complètement du mouvement AMAL en formant ce qui fut connu sous le nom du Mouvement Islamique AMAL, sous la direction d’Abbas Al-Moussawi.
L’Iran collabora fortement avec cette nouvelle entité et il envoya même, à travers la Syrie, vers la vallée d’Al-Biqâ’ au Liban, 1500 officiers des Gardiens de la Révolution afin d’entrainer aux armes le Mouvement Islamique AMAL et lui fournir ce dont il avait besoin comme capacités financières et militaires. Ainsi, ce mouvement naissant obtint le soutien de deux grands états dans la région que sont l’Iran et la Syrie, tandis que la Syrie continua, dans le même temps, à soutenir le mouvement AMAL nationaliste.
[1] NDT : Les chiites duodécimains ont prétendu que l’Imam Al-‘Askary recommanda à son jeune fils Mouhammad, qui n’avait pas encore atteint l’âge de 5 ans mais qui est le douzième Imam tant attendu par les chiites, d’entrer dans une des galeries souterraines où il disparut. Les chiites duodécimains croient qu’il est toujours présent à l’intérieur d’une galerie et qu’il apparaîtra un jour afin de gouverner le monde. Il est, pour eux, le Mahdi tant attendu. Dans le dogme chiite, il est interdit de prendre le pouvoir, de gouverner, d’établir les jugements religieux, les lois, le Jihad et autres jusqu’à ce que l’Imam Infaillible soit présent. Par conséquent, toutes les choses sont interrompues jusqu’à ce qu’apparaisse cet Imam imaginaire. Al-Khomeiny redonna vie à une théorie présente dans l’histoire des chiites qui est la théorie de Wilâya Al-Faqîh selon laquelle l’Imam Al-Mahdi caché – qui est l’enfant ayant disparu dans la galerie – aurait assigné au savant juriste ayant la plus grande capacité en matière de jurisprudence les tâches que remplira l’Imam Infaillible lorsqu’il sera présent. Ainsi, ce juriste est à la tête de la nation et prend les pouvoirs de l’Imam Infaillible, dont l’infaillibilité, l’inspiration d’Allah et l’élévation au dessus du statut de prophète. Al-Khomeiny écrivit dans son livre Le Gouvernement Islamique : « il fait partie des nécessités de notre doctrine que nos Imams aient un statut que n’atteindra jamais un ange rapproché, ni un prophète envoyé ». Partant de là, Al-Khomeiny étant ce savant juriste à son époque, son autorité ne pouvait être contestée.
Traduction et Adaptation réalisée par le Blog Al-Balâgh Al-Moubîne : http://balaghmoubine.wordpress.com/
[Fin de la partie 2A. A venir très prochainement, avec la permission d'Allah, suite et fin de la partie 2 où vous découvrirez, entre autres, la création du Hezbollah. Qu'Allah vous récompense.]




