[Nous entamons ici la traduction du récit d'une des périodes les plus importantes dans l'histoire de la nation islamique : les guerres de croisade. Aujourd'hui, beaucoup de musulmans s'imaginent pouvoir relever la tête de la communauté musulmane sans même en connaître son histoire. Al-Qâdy Al-Arjâny dit dans un de ses poèmes : "Si l'Homme connaît les évènements du passé... Il vivra comme s'il avait vécu depuis le début des temps". D'autant plus que le sujet présent est sensible car il évoque une terre qui possède une valeur inestimable aux yeux des musulmans : Bayt Al-Maqdiss (Jérusalem). Cette série d'articles à été écrite par le célèbre Dr. Ragheb As-Sarjâni et j'espère qu'elle sera bénéfique pour ceux qui la liront. Bonne Lecture.]
Partie 1 : Une Histoire de Deux Cents Ans
Il existe, dans l’histoire de la nation islamique, des périodes où les guerres firent rage entre elle et ses ennemis. Certaines d’entre elles se déroulèrent sur une courte période, tandis que d’autres durèrent des décennies, voire des siècles.
Parmi les périodes qui furent témoins de guerres de longue durée figure celle des guerres de croisade qui durèrent environ deux cents ans. Cette période a vu se dérouler sept croisades lancées par de nombreux rois d’Europe et auxquelles la nation islamique a résisté par tout ce qu’elle disposait de force, sous la direction d’un certains nombre de ses plus éminent chefs dévoués à la cause de l’Islam.
L’histoire des guerres de croisade commença suite à l’accumulation de nombreux facteurs poussant les rois d’Europe à lancer ces campagnes. Elles ne résultèrent donc pas d’une unique motivation.
Beaucoup de motivations mais mensongères
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L’Intolérance du Pape et des rois
L’intolérance religieuse chrétienne à l’encontre de l’Islam était au sommet de ces facteurs, et c’était le facteur dominant chez le Pape et certains rois qui décidèrent de participer à ces campagnes, ainsi que chez certains soldats tels que les Chevaliers du Temple[1]. Les haines s’allumèrent alors, appelant à l’occupation des terres musulmanes et à l’expulsion des musulmans qui y vivaient, et en particulier la terre de Jérusalem. Mentionnons, de même, que l’Eglise Catholique occidentale voulait avoir le contrôle religieux en Orient comme elle l’avait en Occident. C’est pourquoi les mensonges aux populations chrétiennes européennes devinrent monnaie courante et il se propagea parmi elles le mensonge selon lequel les musulmans persécutaient les chrétiens en Orient et leur refusaient la liberté religieuse. Par ailleurs, les haines qui furent semées dans les cœurs de ces peuples à l’encontre de l’Islam et des musulmans furent également attisées pour l’occasion.
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Les ambitions commerciales
Un autre de ces facteurs était celui du désir d’autorité et d’acquisition de biens. En effet, la papauté s’était mise en tête de combler le vide causé par la défaite des byzantins à la bataille de Manzikert, en 1071, en raison d’une poussée des turcs seldjoukides dans les terres byzantines. Les byzantins étant dans l’incapacité de les arrêter, l’Europe occidentale estima alors qu’elle devait accourir à la défense de cette région et de ses pèlerins européens et ceci par l’occupation des pays du Shâm[2]. La plupart des rois d’Europe occidentale l’aidèrent ainsi dans cette tâche.
Egalement, un grand nombre de commerçants des villes italiennes, françaises et espagnoles participa aux guerres de croisade dans un but purement d’exploitation, afin de contrôler les routes commerciales des marchandises orientales qui étaient devenues une source de richesse pour ceux qui en faisaient le négoce.
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Les guerres dévastatrices entre les fiefs
Les facteurs internes eurent aussi un rôle important dans l’apparition de cette motivation puisque la féodalité formait un pilier du système politique et social en Europe. En effet, chaque fief avait ses belligérants et tous ces fiefs étaient engagés dans des guerres dévastatrices entre eux, ce qui entama considérablement leurs forces et fit apparaître de graves problèmes sociaux et politiques. C’est ainsi que les papes prirent des mesures afin de diriger les chevaliers vers le combat contre les musulmans plutôt que de s’épuiser dans les guerres et les conflits internes qui faisaient rage entre eux. En d’autres termes : transférer l’augmentation du danger intérieur et l’accroissement des ambitions et des gains vers l’extérieur[3].
La société européenne souffre de conditions très difficiles
Pour ce qui est de la troisième motivation, il s’agissait d’une motivation économique. L’activité commerciale des musulmans embarrassaient réellement les républiques italiennes qui désiraient monopoliser la mer Méditerranée à leur avantage, ce qui les poussa à encourager le lancement des campagnes afin d’atteindre ces intérêts économiques. De la même manière, ces rois convoitaient les biens d’Orient qu’ils achetaient alors aux commerçants musulmans à des pris élevés.
En outre, la grande majorité des classes inférieures de la société européenne menait une vie de misère sous le régime féodal. Les épidémies et les famines se répandaient et ceci en raison des conditions de vie déplorables des agriculteurs en Europe occidentale, à cette époque. Ainsi, beaucoup de terres agricoles étaient dévastées par les attaques barbares et, par conséquent, les moyens de subsistance se faisaient de plus en plus rares à un moment où le nombre d’habitants augmentait. La situation était d’autant plus aggravée en raison des guerres et conflits entre les princes féodaux. En plus de ces désastres naturels et économiques qui s’abattaient sur l’Europe occidentale en ce temps, les gens vivaient dans la pauvreté, la privation et la peur, les poussant à participer aux guerres de croisade[4].
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Le Pape appelle au départ des affamés pour la guerre
Le Pape tira sur cette corde (i.e. il abusa de la situation des habitants pauvres) et dit lors d’un discours : « Ne vous laissez retenir par aucun souci pour vos propriétés et les affaires de votre famille, car cette terre que vous habitez, renfermée entre les eaux de la mer et les hauteurs des montagnes, tient à l’étroit votre nombreuse population; elle n’abonde pas en richesses, et fournit à peine à la nourriture de ceux qui la cultivent : de là vient que vous vous déchirez et dévorez à l’envie. Jérusalem est un territoire fertile par-dessus tous les autres, et offre pour ainsi dire les délices d’un autre paradis. »
Tous les documents soulignent les mauvaises conditions économiques en Europe occidentale à la fin du XIe siècle, et la France elle-même souffrait d’une famine massive, garante de la première campagne de croisade. C’est pourquoi la proportion de ses participants à la croisade était supérieure à celle des autres pays. La crise y faisait rage à tel point que les gens en étaient réduits à manger de l’herbe et de la verdure. En cela, ces guerres étaient venues pour ouvrir une nouvelle porte à ces populations affamées afin d’en finir avec leur pénible situation. Et ceci explique les actes de pillage et de saccagement à l’encontre des populations chrétiennes dont les territoires, se trouvant sur la route de Jérusalem, étaient traversés lors de la première campagne de croisade[5].
Exposé sous cet angle, il apparaît que la situation intérieure en Europe avait fixé le commencement de ces campagnes brutales contre le monde islamique et par conséquent, l’heure avait sonné !
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La Terre Sainte, entre le Pape et Jésus
La ville française de Clermont fut témoin d’un évènement grave, le 27 novembre 1095, puisque ce fut le point de commencement des guerres de croisade. Ce jour là, le Pape Urbain II tint un discours, lors d’un rassemblement public, dans lequel il appela les princes d’Europe à lancer une guerre sainte pour le Christ. Il s’adressa à l’auditoire par un discours très touchant et rempli de ferveur, au cours duquel il appela les gens à libérer la Terre Sainte de l’emprise des musulmans, à secourir leurs frères en Orient, et il exhorta les chrétiens d’Europe occidentale à abandonner les guerres et querelles internes et unir leurs efforts pour combattre les musulmans en Orient[6].
Traduction et Adaptation réalisées par le Blog Al-Balâgh Al-Moubîne : http://balaghmoubine.wordpress.com/
[1] NDT : aussi appelés l’Ordre du Temple ou Templiers.
[2] NDT : l’expression arabe Bilâd Ash-Shâm (le Levant) fait référence à la Grande Syrie et contient l’équivalent des états actuels de Syrie, Jordanie, Liban et Palestine.
[3] Dr. Qâsim ‘Abdah Qâsim, Mâhiya Al-Houroûb As-Salîbiya (L’essence des guerres de croisade), pp. 51-54.
[4] Dr. Sa’îd ‘Abd Al-Fattâh ‘Âchoûr, Al-Harakâte As-Salîbiya (Les mouvements croisés), vol. 1, pp. 34-38.
[5] Dr. ‘Alî Mohammed As-Salâby, Dawla As-Salâdjiqa (L’Etat des Seldjoukides), p. 336.
[6] Ibid., pp. 341-342.
[Fin de la première partie de cette série d'articles sur les guerres de Croisade. A venir très prochainement, avec la permission d'Allah, la suite de ce récit plein d'enseignements qui comportera plus d'une dizaine d'articles.]

Assalamoualaikoum,
Allahi baarak fikoum.